La musique est politique, si ce n’est toujours, au moins très souvent. En témoigne, même si elle est loin d’être la seule, la période qui va de l’accession des nazis au pouvoir, en 1933, jusqu’à la guerre froide. Ces années (une quinzaine) peuvent se diviser en deux parties : le 3e Reich -de 1933 à 1945- et l’après-guerre. Au cours de chacune d’elles, des hommes au pouvoir ont décidé quelles étaient les musiques souhaitables et les musiques à rejeter. Et à chaque fois, elles ont été définies par le rejet de ce qui s’était fait précédemment. Hitler a en effet conduit sa politique, notamment musicale, sur la base du rejet de ce qui s’était fait pendant la République de Weimar. C’est ainsi qu’a émergé le concept de musique dégénérée, tandis que Bruckner, Bach, Beethoven et surtout Wagner étaient portés aux nues. De même, les alliés, pendant la période de l’après-guerre, ont œuvré dans le rejet de ce qui s’était fait sous le 3e Reich. Et si l’intention première était, à ce moment-là, de faire table rase du nazisme, ce sont en réalité les tensions politiques entre les uns et les autres qui ont influencé non seulement la création musicale mais également la « dénazification » des artistes.

Au sommaire de ce dossier :

NB : Des musiciens qui ont fait le jeu des nazis sont toujours sur le devant de scène aujourd’hui. Mais les musiciens qualifiés de « dégénérés » par les nazis, ne sont pas véritablement réhabilités, au moins en ce qui concerne leur notoriété. C’est pour participer à cette réhabilitation que ce dossier est parsemé des portraits de ces musiciens.

Pour en savoir plus
Elise Petit et Bruno Giner, « Entartete Musik ». Musiques interdites sous le IIIe Reich, Bleu Nuit (2015)
Elise Petit, Musique et politique en Allemagne, du IIIe Reich à l’aube de la guerre froide, Paris, Presses Universitaires Paris Sorbonne (2018)
George L. Mosse, Les racines intellectuelles du troisième Reich, la crise de l’idéologie allemande, traduction Claire Darmon, édité au Seuil (2008)

 

Furtwängler dirigeant l’orchestre philharmonique de Berlin