Dossier réalisé par Marwan Nabli

Situé entre l’Iran à l’ouest, le Pakistan et l’Inde au sud et à l’est, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan au nord, l’Afghanistan est à la croisée des civilisations. Entre le proche Orient et l’Asie, sa culture s’inspire de toutes celles qui l’entourent.

Torturé depuis plus de cinquante ans par des guerres incessantes, le pays n’a pas oublié sa musique, malgré les circonstances qui obligent régulièrement les musiciens à cacher leurs instruments ou à s’exiler. Au cours de l’été dernier, les talibans ont repris le pouvoir après vingt ans d’occupation américaine. Les musiciens sont, une fois de plus, menacés de mort, assassinés, contraints à l’exil. Ce dossier veut être un hommage à leur musique autant qu’un cri d’alarme sur leur situation.

Coulisses : En raison de la situation actuelle de l’Afghanistan, il était impossible de se rendre sur place pour réaliser ce dossier. Les photos sont donc issues de banques d’images. Nous avons fait le choix de montrer des images de paysages, qui sont généralement occultées par l’actualité du pays. Montrer ces images positives ne signifie pas pour autant que nous oublions les drames successifs vécus par ses habitants depuis un demi siècle, la pauvreté dans laquelle ils maintiennent le pays, le sort réservé aux femmes, aux journalistes, aux musiciens…

L’Afghanistan, histoire de populations

Les instruments de la musique afghane

Mashal Arman, tête d’affiche de la musique afghane

Un pays de montagnes

D’une superficie de 650 000 km² (un peu plus que celle de la France, qui est proche de 550 000 km²), l’Afghanistan est un pays de montagnes. Hormis la région sud-sud-ouest, qui est désertique, le pays est entièrement recouvert de montagnes. Plus de 100 sommets dépassent 6000 mètres d’altitude et le point culminant du pays atteint presque 7500 mètres.

Le climat étant continental, le pays connaît des étés chauds et des hivers froids. Il ne pleut presque jamais ; par conséquent une des seules sources d’eau est constituée par les neiges d’hiver qui, en fondant au printemps, alimentent les cours d’eau. C’est par conséquent une agriculture intensive de fond de vallée qui s’est développée.

 

Ce relief a des conséquences sur la vie politique du pays. Il rend plus difficile la communication entre les différentes régions et permet le maintien des identités tribales et ethniques. Par conséquent, toutes les tentatives entreprises par les pays occidentaux d’unifier le pays par la voie démocratique ont échoué.

Militairement, ce relief a également de fortes conséquences. De nombreuses vallées sont en effet accessibles seulement par une passe, qu’il suffit de bloquer pour les assiéger. Cette caractéristique a facilité la prise de pouvoir par les talibans.

Quelques repères sur l’histoire récente

1973 : Coup d’État pacifique. La monarchie en vigueur depuis 1919 est abolie au profit de la république.

1978 : Coup d’État du parti populaire afghan, qui instaure un régime socialiste et prosoviétique. Avec l’appui de l’Union soviétique, cette période donne lieu à d’importants progrès sociaux : école obligatoire pour les filles, droits des femmes, abolition des dettes paysannes, réformes agraires. Les femmes obtiennent le droit de ne pas porter le voile, de circuler librement, de conduire une voiture. Elles ont le droit de faire des études, les mariages forcés sont interdits.

Cependant, ce mouvement de progrès, qui se développait depuis les années 1960, n’a concerné que Kaboul. Les campagnes n’en ont pratiquement pas bénéficié et ont gardé un mode de vie très traditionnel, notamment en ce qui concerne le statut des femmes.

1989 : l’Union soviétique quitte le pays.

1989 – 1992 : Conflit armé entre les communistes afghans et les moudjahidines (des « combattants pour la foi »). Le régime tombe en leur mains en 1992.

1992 – 1996 : Malgré un accord de paix entre les différents partis afghans, la guerre reprend jusqu’à la prise du pouvoir par les talibans, des fondamentalistes islamistes regroupés dans une organisation militaire, politique et religieuse.

1996 – 2001 : Les talibans établissent un Etat islamique, ce qui signifie notamment des exécutions sommaires courantes, la suppression des droits des femmes, un contrôle des mœurs.

La musique est interdite, les talibans brûlent les instruments qui ne sont pas cachés. Le théâtre, le cinéma, la télévision et les ordinateurs sont interdits, la possession d’appareils photographiques et de magnétoscopes devient illégale. Toute représentation de l’être humain est interdite, même les poupées. En mars 2001, la destruction des Bouddhas de Bâmiyân déclenche une forte émotion internationale.

2001 – 2021 : Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis déclenchent une nouvelle guerre et le régime taliban tombe en quelques mois. Le conflit perdure cependant entre les militaires américains et des groupes de talibans. En 2021, les Etats-Unis quittent le pays. Les talibans reprennent le pouvoir en quelques semaines. Bien qu’ils aient assuré être plus progressistes qu’auparavant, le contrôle de la population a été réinstauré selon un mode très ressemblant à celui de la période précédente.